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La manipulation au travail et dans la vie privée : comment la repérer et s’en protéger
Tatiana Jenkins
mars 2019

La manipulation au travail et dans la vie privée : comment la repérer et s’en protéger
Atelier ASPCo par Anne-Françoise Chaperon
Résumé rédigé par Tatiana Jenkins

Sommes-nous tous des manipulateurs ? Sommes-nous tous manipulables ? Voilà une introduction percutante qu’Anne-Françoise Chaperon met en avant, et ne tarde pas d’y répondre par l’affirmative.
Cependant, toute manipulation n‘est pas effectuée dans le but de nuire et d’opérer une prise de pouvoir de l’un sur l’autre. Les enfants par exemple commencent très tôt à utiliser l’art subtil de la manipulation afin de réussir à amadouer leur entourage. Une distinction importante est donc à faire avant toute chose entre la manipulation « normale » et abusive.
Par ailleurs, nous entendons également souvent parler de la notion de harcèlement. Y a-t-il une différence avec le concept de manipulation ? Selon A.-F. Chaperon, dans le langage courant nous utiliserons plus le terme de manipulation dans un contexte de vie privée, et de harcèlement dans le monde du travail. Or juridiquement, même si nous reconnaissons des différences entre ces deux notions, seul le terme de harcèlement moral sans distinction est utilisé.
M. F. Hirigoyen définit le harcèlement moral au travail comme « toute conduite abusive qui porte atteinte, par sa répétition ou sa systématisation, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’une personne, mettant en péril l’emploi de celle-ci ou dégradant le climat de travail ». L’une de notions importantes face au harcèlement est donc la notion de systématisation. Le harceleur aura tendance à ne laisser aucun « répit » à sa cible dont la conséquence, si ces attaques durent sur une longue période, est la destruction de l’estime de la personne. En 1993, le professeur Heinz Leymann, psychologue suédois, parle pour la première fois de « Mobbing », aujourd’hui rentré dans le langage courant. Selon lui, le concept du Mobbing est constitué de 4 étapes : 1. Conflits, attaques, mesquineries, brimades. 2. Installation du harcèlement. 3. Intervention tardive des directions des ressources humaines. 4. Exclusion du marché du travail si cette situation perdure. Afin de pouvoir mener à bien ces différentes étapes, le harceleur aura recours à de nombreux agissements, 45 selon Leymann, consistant à empêcher la victime de s’exprimer, isoler la victime, déconsidérer la victime auprès de ses collègues, discréditer la victime dans son travail et enfin compromettre la santé de la victime.
Le harcèlement moral dans la vie privée est considéré comme de la violence psychologique, constituée de paroles ou de gestes quoi ont pour but de déstabiliser ou de blesser l’autre mais aussi de le soumettre, de le contrôler de façon à garder une position de supériorité (M. F. Hirigoyen). Nous ne parlons pas ici de moments de colères inconsidérées et de dérapages ponctuels où certains gestes et ou certains propos dénigrants et dépassant les pensées. Il est question ici de considérer l’autre comme un objet. D’être en relation avec l’autre en le niant. La notion de « pervers narcissique » est alors mise en avant comme harceleur moral dans la vie privée.
Selon Paul-Claude Racamier, « il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer s’en sortir indemne ». Autrement dit, il ne sert à rien d’essayer de « contrer » leurs attaques incessantes, ni de vouloir « jouer » au plus fort avec eux car nous en sortirons toujours perdants. Les rapports de force, la manipulation et la méfiance sont au cœur de leurs relations. Cependant, même si un consensus est établi autour du harceleur comme personne pathologique, la question du harceleur comme malade mental reste en suspens. Nous parlerons donc plus de personnalité pathologique ou de trouble de la personnalité (obsessionnel, paranoïaque, antisocial, borderline), dont l’élément central est une personnalité narcissique.
Malgré la pluralité de personnalités du harceleur moral, celui-ci reste presque « protocolaire » dans la façon de tisser sa toile autour de la cible choisie, permettant ainsi de mieux le démasquer. Trois phases sont au centre de sa façon de faire. 1. L’accroche (ou la séduction) 2. La déstabilisation 3. La destruction.
Avant d’évoquer des aspects plus précis de ces phases, revenons sur cette notion importante de « cible choisie ». Selon A.-F. Chaperon, il ne faut jamais oublier que le manipulateur est avant tout un chasseur. Il se plaît à détruire. Le choix de sa proie est donc une part non négligeable du processus. Comme dans la nature, la proie malade et faible n’intéressera aucunement le prédateur qui préfèrera chasser un met de choix. Le manipulateur, quant à lui, aura une préférence pour des personnes chez qui deux schémas coexistent : idéaux exigeants et besoin d’approbation. Autrement dit, des personnes consciencieuses, compétentes, autonomes, honnêtes, dynamiques et affirmées, et qui aiment rendre service…
Revenons maintenant aux trois phases immuables du jeu de la manipulation pathologique. La première phase peut soit consister à séduire la proie, souvent par une extrême gentillesse (voix meilleurs), soit en prenant le dessus par un moyen de pression, afin que celle-ci se sente redevable. La seconde phase, celle, où nous commençons à douter de nous, « suis-je en train de devenir fou ? » peut se subdiviser sous trois angles. Un mode de communication décousu, vague, en se plaçant au centre ; une agilité à masquer ses incompétences et sa faiblesse en se cachant derrière les réussites des autres ; l’emprise en prenant le contrôle de l’autre (sentiment de culpabilité). Si le harcèlement moral se poursuit, vient ensuite la troisième phase dont les conséquences peuvent être dramatiques. Dépression majeure, symptômes de stress post-traumatique, risque suicidaire extrêmement élevé (18% en France selon une étude de M. Pezé, psychologue et expert judiciaire).
La manipulation au travail et dans la vie privée n’est donc pas juste une expression d’effet de mode à prendre à la légère. Elle est un réel Tsunami dont personne ne s’en sort indemne.
La question suivante se pose alors : comment s’en protéger ?
Anne-Françoise Chaperon nous apporte des éléments de réponse à cette question centrale. Il est important tout d’abord d’identifier et de nommer les différents mécanismes utilisés et subits dans une situation de manipulation. Par la suite un changement d’état d’esprit et un support social solide, composé de soutien émotionnel, matériel, informatif et d’estime, doit être impérativement mis en place. Une fois ces bases établies, un travail approfondi doit être entrepris notamment au niveau des schémas de pensée et des croyances irrationnelles.
Il est également possible de pouvoir « contrer » la manipulation, notamment grâce à des techniques de mise à distance. Il nous faut par exemple rester calme et poli, refuser d’entrer dans des discussions qui « ne mènent à rien », « renvoyer la balle comme au tennis », mais surtout contrer contrer contrer ! Et pour finir toujours garder en tête que la fuite reste la meilleure des solutions face aux manipulateurs.


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